de  Gianfranco Menghini

Par une ètrange magie… à l’aube

Romanzo

La Corse est une très belle ile à la population généreuse, mais jalouse de ses traditions qui se perdent dans la nuit des temps. Certains se demandent encore, à plus de deux cent cinquante ans de distance, comment se sentir et se conduire comme des Français. Cependant, une minorité restreinte revendique son indépendance, sa propre langue et son propre modus vivendi, s’opposant à la majorité de la population qui – d’une manière malheureusement silencieuse et inerte – est totalement convaincue de son intégrité à la mère Patrie. Ce roman, entre humorisme et science-fiction, met en évidence certaines situations et anomalies correspondant à la réalité.Une aventure à couper le souffle dans les paysages splendides de l’Ile de beauté dont la fin est digne d’un livre de mystère.

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CHAPITRE UN 

J’aurais dû me douter que ces étranges cristaux, polis au point de refléter la lumière la plus infime, bariolés d’une myriade de couleurs, ne pouvaient représenter que quelque chose de magique ou quelque chose d’introuvable dans la nature ou, du moins, quelque chose qui m’était totalement inconnu jusqu’alors. Leur forme parallélépipède‚ leur extrémité pentagonale pointée vers le ciel, me mirent tellement sur mes gardes que, bien qu’intrigué en les voyant tous les trois enfoncés aux pieds d’un chêne séculaire dans cette mer de sapins et de pins aux troncs droits comme des fuseaux pointés vers ce ciel à peine doré par les premières lueurs de l’aube, je restai immobile à les observer. J’étais fasciné par la façon dont ils parvenaient à profiter de la moindre lueur et par la façon dont ils me la transmettaient, en m’envoyant des lames lumineuses et caressantes qui éclairaient mon visage, comme s’ils m’invitaient à les ramasser ou à les toucher.  J’avais encore les idées confuses et je ne réussissais pas bien à comprendre ce qui m’était arrivé la veille au soir. J’étais sûr d’une chose : j’avais dormi dans cette immense forêt‚ au beau milieu du silencieux sifflement des feuillages, sur un grabat formé d’aiguilles de pin, sombres et craquantes. J’étais seul, et en colère. Mais j’avais surtout peur qu’un animal sauvage puisse profiter de mon sommeil ; sommeil contre lequel j’avais lutté presque toute la nuit, ressassant les idées les plus noires, mais qui m’avait vaincu quand, épuisé et découragé, je m’étais pelotonné sous un triptyque d’arbres, qui avaient étrangement poussé l’un contre l’autre de façon à former une sorte de barrière qui m’avait donné l’impression d’être protégé‚ du moins derrière mon dos. J’avais pris la décision de rester sur le qui-vive, tenant les yeux fermés avec la ferme intention de les rouvrir toutes les deux minutes pour regarder autour de moi‚ avant de les fermer à nouveau. Mais cet exercice, si je m’en souviens bien, fut de courte durée car je finis par ne plus réussir à les rouvrir, cédant à un sommeil profond et sans rêves. Tout en étant absorbé par cette vision insolite‚ les derniers événements de la veille me revenaient à l’esprit. Des images se projetaient dans ma tête‚ comme une sorte de film tourné à l’envers.  L’endroit où je me trouvais faisait partie de cette forêt qui du Col de Vergio descend rapidement vers la mer et s’étend à perte de vue, dans un amas d’infinies voûtes vertes, pointues ou arrondies, jusqu’au golfe de Girolata perdu dans la brume. J’étais arrivé en Corse le matin même, accompagné d’un ami photographe et de deux splendides mannequins, pour y effectuer un reportage pour le compte d’un magazine féminin qui‚ outre les classiques articles de mode présentait, chaque semaine‚ une destination de vacances. Et moi, en journaliste globe-trotter que j’étais‚ mais aussi et surtout parce que j’avais une véritable passion pour cette île merveilleuse et ses habitants que j’avais connue au fil des ans, et avec qui j’avais tissé des liens solides, j’avais été invité à me joindre au trio. Officiellement pour écrire un article qui servirait de cadre aux belles photos que prendrait Giorgio, officieusement pour servir de guide dans une région que je connaissais par cœur.   ” Tu devrais sauter de joie,” m’avait dit sur un ton amical Marisa, la directrice du magazine. ” Tu pars t’amuser et te payer du bon temps avec ces deux splendides créatures. Toi qui t’es toujours plaint de n’avoir jamais pu profiter de tes vacances‚ je t’offre l’opportunité de le faire‚ dans ton île préférée de surcroît. Tous frais payés et avec un cachet de dix millions Pour une semaine‚ ça ne me semble pas trop mal ! ” ” Mais je viens à peine de rentrer de Chine… ” avais-je rétorqué, de façon‚ il est vrai‚ peu convaincante. En effet‚ l’offre était alléchante… Je pourrais faire le tour de la Corse avec Giorgio, qui était devenu l’un de mes meilleurs amis après trois longs voyages pour des reportages qui avaient fait beaucoup de bruit en Italie à l’époque où l’on ignorait tout du manque de nourriture de populations entières et de l’abandon de millions d’enfants.   Pour mon ami photographe aussi ce voyage était une sorte de récompense pour avoir risqué sa vie quand il était parti avec une équipe d’Autrichiens pour une expédition en Amazonie, qui s’était avérée, contrairement aux prévisions, extrêmement dangereuse.  Lorsque je m’efforçai de me relever‚ l’humidité de la nuit fit craquer mes articulations et je dus m’appuyer contre un arbre‚ mais je me mis à glisser sur le tapis d’aiguilles de pins et ma tête cogna contre l’écorce subéreuse du tronc, et je fis tomber mes lunettes.   Eh, oui ! Je devais me rendre à l’évidence : comme homme‚ je ne valais plus grand-chose. Cinquante-huit ans – et j’en faisais plus – avec la vue de près qui continuait à baisser. Je m’étais même disputé avec Giorgio à ce propos, la veille au soir, lorsque j’étais sorti de la petite auberge où nous logions et que je m’étais hasardé dans cette immense forêt grâce à la chaleur de la mi-juillet et de la nuit sereine, éclairée par la pleine lune.   De taille moyenne, j’avais des jambes maigres qui ne réussissaient cependant plus à supporter le poids d’un corps et d’un ventre devenus énormes‚ résultat évident de très mauvaises habitudes alimentaires. À quarante ans‚ j’avais arrêté de fumer, sur ordre de mon médecin qui m’avait averti : si je n’arrêtais pas…