de  Gianfranco Menghini

Trois frontières

Romanzo

Ainsi commence une histoire serré et spectaculaire qui traverse toute la Guerre Civile Espagnole et la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la Libération.Les deux amis, le français Lucas et l’italien Gabriele, durant leur fuite, réussiront à s’en sortir des griffes de communistes et des fascistes par eux-mêmes. Mais ensuite ils auront besoin de l’aide de Menico, un lieutenant du corps expéditionnaire italien qui, démotivé par une guerre cruelle et inutile, se décide pour sortir de son régiment, de sorte que, avec les deux nouveaux amis, ils font le plan de fuite en France, franchissant la seule frontière sans contrôle de la part des combattants, soit l’épouvantable Pic de la Maladeta sur le Pyrénées. Gabriele, cependant, préfère s’arrêter dans un agréable endroit de la campagne espagnole, parce qu’il est tombé amoureux de Joselita et il veut l’épouser.Avec la fin de la guerre civile en Espagne, les Italiens rentrent à la maison où ils sont acclamés par le régime fasciste et le capitaine Menico promu major, ensuite destiné à Rome avec à ses côtés Gabriele qui, après avoir quitté sa fiancée, il s’est enrôlé dans le régiment combattant italien.Entre-temps, Lucas, resté en France, il s’enrôle dans le Maquis, dans les rangs duquel il devient un dirigeant courageux et capable, auteur habile de coups de main décisifs contre les occupants allemands.Menico se rencontre avec une femme dont il tombe amoureux follement, par conséquent, au lieu de s’en fuir en Suisse, il s’enrôle dans les rangs de la Résistance blanche. Se transformant en un chef d’un groupe redoutable, qui apportera de dégâts énormes aux Allemands et au cours de la recherche de Gabriele sur les lacs, malheureusement, son groupe subira sa première défaite.Même Lucas est à la recherche de Gabriele et, finalement, il le repère après des aventures et de coups de main ahurissants.Avec une fin inattendue, se termine ce roman d’action et de véritable histoire européenne.

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Bel-Ami

Lorsqu’il se rapprocha de cette chose informe, presque écrabouillée au sol, et qu’il la reconnut, il vacilla pendant quelques secondes, se récupérant juste à temps pour ne pas tomber sur le côté. Tel fut son tourment, comme s’il avait été percuté par la foudre. Cette chose inanimée, dont seule la tête était restée intacte, était le seul ami qui lui restait. Il ne pesta pas contre le chauffeur du camion qui l’avait renversé, peut-être parce qu’il n’avait même pas remarqué, avec cet incroyable mastodonte qu’il conduisait à plus de soixante kilomètres à l’-heure. Bien que sur cette route secondaire, il n’y eut pas beaucoup de circulation. En dessous de cette route, sur une pente recouverte d’herbe, Lucas s’était arrêté pour se reposer avec son ami à ses côtés, après une longue randonnée qu’ils avaient faite tous les deux, tôt le matin. Ils avaient parcouru au moins une douzaine de kilomètres, ouvert le sac à dos pour prendre le reste d’une entame de salami presque grumelé et une croûte de pain sec mis de côté depuis la veille, quand ils avaient refoulé les affres de la faim. Compte tenu de la remarquable intelligence dont il était sans aucun doute doté, l’ami avait eu l’intuition de comprendre l’instinctive réticence à lui en donner une partie, ou peut-être même calculé que ces pauvres morceaux de nourriture n’auraient pas été suffisants, même pour un seul des deux. Si bien que la langue coulant déjà de bave et profitant de l’inattention de son compagnon, il l’avait quitté pour retourner sur la route. Apercevant le camion qui roulait à grande vitesse, il s’était jeté dessous, mourant instantanément.
Le dernier cadeau qu’il aurait pu faire à Lucas, après tant de générosité reçue. Un poids en moins, et la possibilité future que son ami resté tout seul soit accueilli par ses semblables pour offrir son aide, afin de recevoir en échange un peu de nourriture et un abri pour la nuit.
— Adieu, mon cher Bel-Ami, cria le garçon d’une voix entrecoupée par les sanglots. Comment ferai-je sans toi ? C’était toi qui me donnais du courage jusqu’ici… Et maintenant… Maintenant… Je suis fichu…
Ses pleurs avaient fait plus de bruit que le camion dix minutes avant et avaient attiré l’attention de l’agriculteur, déjà en route pour atteindre le point extrême de sa campagne à proximité de la route. Quand il vit le jeune homme assis sur le sol, se plaignant tout en tenant la tête de son ami tué, il s’approcha, et sans rien demander lui fit signe de descendre de la pente. Il agita sa bêche afin de lui faire comprendre qu’avec cela, il aurait résolu le problème plus vite. Lucas le vit à peine entre le voile de ses larmes, mais comprit tout de suite que cette offre l’emportait sur l’embarras d’avoir être interpellé par le conducteur de la voiture qui venait de s’approcher. Alors, il se laissa glisser le long de la pente en tenant le collier de Bel-Ami, son ami très affectueux que sa mère avait appelé ainsi parce que, en plus d’être un beau chien, il avait un manteau noir brillant avec un col blanc, lui faisant penser au personnage du célèbre roman, habillé avec sa première tenue de soirée à la maison Forestier.
L’agriculteur, un gros homme à la peau tannée par le soleil, à la figure rude, mais aux manières courtoises, ne lui adressa pas la parole. Toutefois, il commença à creuser, à une distance d’au moins trois mètres de l’intersection entre la pente et le terrain plat. Un trou profond, pour y ensevelir le chien à l’abri, et donc protégé de l’écoulement de l’eau. Du reste, il n’aurait pas pu demander autre chose à ce garçon qui ne cessait pas de pleurer. Il devait être très attaché à son chien pour être si désespéré. Cela fut une bonne chose pour Lucas, qui, quoique de mère italienne, fût Français de naissance. Il ne parlait pas encore un italien correct, de sorte que même l’agriculteur – s’il avait répondu à ses questions – se serait rendu compte qu’il était Français. De cette façon seraient arrivés les ennuis, puisque dans ces zones agricoles près de la frontière avec la France, il n’était pas difficile de se retrouver en face d’un jeune homme qui s’était enfui de la maison, profitant d’un train qui traversait le tunnel à une vitesse très basse. A minima, il aurait dû en informer le poste de police le plus proche. Pris de pitié, après avoir enterré la carcasse du chien, il lança un sifflement aigu vers la maison qui se trouvait à environ cent cinquante mètres, et fit des gestes avec le bras à la femme qui était apparue à la porte – apparemment sa femme –, afin de lui faire comprendre de prendre soin du jeune garçon. À lui, il dit :
— Va chez ma femme… Manger… Allez, allez, jeune homme !
Lucas, même s’il ne le parlait pas encore bien, comprenait parfaitement l’italien à condition que ce ne fût pas un dialecte.
Il n’eut pas besoin de se le faire dire deux fois, non pas parce qu’il avait faim – il était affamé –, mais pour la simple raison qu’il aurait été plus facile, depuis cette maison, de reprendre sa fuite tout seul. Vers où, il ne savait même plus. La femme vint l’attendre sur le pas de la porte, et au fur et à mesure qu’il s’approchait, elle découvrit les traits de son visage sillonné de larmes. Il avait l’âge de son fils, et elle s’attendrit de plus en plus, si bien que lorsqu’il fut plus près, elle lui fit une caresse, disant quelques paroles douces, de celles que les mères disent généralement à leurs enfants quand ils pleurent. Puis elle l’invita à entrer, et une fois que Lucas s’assit à la table rustique de la cuisine, elle lui servit un bol de lait fumant et deux tranches de pain, bonnes seulement à être trempé, de ce pain de campagne qui était cuit une fois par quinzaine…